La galère des logements saisonniers en station

Travailler en saison peut être une expérience professionnelle exceptionnelle. Mais la galère des logements saisonniers en station peut parfois rendre cette expérience périlleuse, compliquée, voire impossible, surtout pour les employés de la restauration et de l’hôtellerie. Manque de solutions d’hébergements, logements très chers et coût de la vie élevé, partage du logement, conditions de sécurité amoindries, locations saisonnières insalubres ou non conformes, les saisonniers sont malheureusement confrontés à une kyrielle de cas de figure qui les poussent parfois à remettre en question cette saison en station qui leur faisait tant envie. 

Dans cet article, nous vous parlons du manque de logements saisonniers, de la loi Montagne pour le développement des territoires de montagne et des solutions qui peuvent être envisagées quand on veut travailler en station de ski pour une saison. Des solutions qui laissent entrevoir un meilleur avenir pour les saisonniers, grâce, notamment, à des obligations et à des objectifs d’amélioration à atteindre. Alors, qu’en est-il du logement saisonnier ? Est-ce vraiment la fin de la galère ?

Comment expliquer cette difficulté à trouver des logements saisonniers ?

Les salariés du secteur privé en saison hivernale représentent un très grand nombre d’employés : chaque hiver, ce sont environ 120 000 saisonniers qui sont recrutés pour couvrir les besoins des nombreuses stations de ski en France. La montagne devient alors le premier employeur du pays ! De nombreux postes sont à pourvoir chaque hiver pour le bon fonctionnement des stations de ski : des skiman, des moniteurs, des vendeurs, des hôtes de caisse, des employés de restauration. Il y a du travail pour tous ! Seulement, une ombre au tableau rend les choses souvent très compliquées alors que cela pourrait être plus simple. Cette ombre, c’est la pénurie des logements saisonniers. Ce manque de logements saisonniers rend le recrutement parfois compliqué car les postulants, pourtant très motivés, n’ont nulle part où se loger pour la saison. Quelle que soit la situation géographique de la station ou l’emploi que l’on a décroché, personne n’y échappe : dénicher son logement est un parcours complexe. 

Cette difficulté peut s’expliquer de différentes manières. Les logements sont trop chers, l’état des logements disponibles laisse à désirer, les logements sont loués à l’année et non pour la saison, il n’y en pas assez… Autant de raisons qui font que le fait de se loger dans le cadre d’un emploi à contrat court devient compliqué. Parfois même, le manque de logements saisonniers ou la précarité de ces derniers poussent les saisonniers à partager leur logement, quitte à voir son confort remis en question ! En effet, le colocataire n’a pas nécessairement les mêmes horaires ou la même façon de vivre, ce qui peut engendrer du stress supplémentaire pour le saisonnier. Par ailleurs, certains postulants refusent tout simplement le partage de logement saisonnier par souci de pratique et de confort, au risque de voir de beaux emplois leur passer sous le nez. 

Il est important de souligner également le prix des logements qui pousse les saisonniers à réfléchir à d’autres solutions. Le logement est une nécessité pour l’employé et les charges que cela comporte représentent souvent un pourcentage important de ce salaire. Se pose alors le doute de savoir si cela sert réellement à quelque chose de venir d’une autre région pour venir travailler en station, si la moitié du salaire doit partir chaque mois dans un loyer onéreux. En effet, gagner le SMIC, dépenser en moyenne 800 euros dans un logement, le tout combiné à un contrat court et à des dépenses sur place à ne pas oublier, notamment un coût de la vie élevé dans les stations, ça ne fait pas franchement envie ! Là où le bas blesse, c’est que dans certaines situations, c’est le serpent qui se mord la queue : lorsque l’employeur ne propose pas de logement, l’employé voit ses chances de décrocher un emploi amoindries… s’il n’est pas logé ! Un vrai casse-tête ! Mais l’employeur peut-il vraiment faire la différence ?

Le rôle de l’employeur dans le logement saisonnier.

Dans certaines offres d’emploi, l’employeur peut jouer un rôle prépondérant. En effet, il n’est pas rare de trouver certaines offres d’emploi pour lesquelles l’employeur propose une solution d’hébergement. Cependant, ceci n’arrive que pour une poignée de chanceux, qui peuvent ainsi bénéficier de leur salaire dans sa totalité et éviter le paiement d’un loyer onéreux. Il faut toutefois bien garder à l’esprit que l’employeur n’a aucune obligation de proposer un logement à son personnel et par conséquent, lorsqu’une solution de logement est proposée avec une offre d’emploi en station, c’est un vrai plus. Un logement saisonnier est occupé en moyenne cinq mois dans l’année, mais le vrai souci, c’est qu’il n’y a pas assez d’offres en rapport avec la demande. 

Les propriétaires qui possèdent un logement à la montagne préfèrent en général le louer à la semaine pour les vacanciers, ce qui représente une source de revenus plus importante. Face à cela, les employeurs, qui sont tout sauf des magiciens, ne peuvent que dans de rares cas proposer la solution de l’hébergement à leurs futurs salariés. D’autant que certains employeurs basent leur recrutement sur la possibilité de logement du saisonnier. De plus, le fait de savoir où il va résider le temps du contrat constitue une source de motivation supplémentaire pour le postulant, l’employeur a donc un intérêt certain à proposer cette option lors de son offre d’emploi. Dans le cas où l’employeur propose un logement lors du recrutement, il est en droit de demander un dépôt de garantie, ce qui engendre des frais supplémentaires.

Cependant, le logement fourni par l’employeur reste une solution qui ne se présente pas souvent. En effet, la loi du 10 Décembre 2002 prévoit que l’avantage en nature, lorsque le logement est fourni à titre gratuit, est soumis à des cotisations sociales. Ce point noir au tableau rajoute de la difficulté pour l’employeur à proposer un logement gratuit à sa recrue, rendant plus compliquée encore la recherche du logement pour le salarié. D’autant que la législation est claire : pour être en règle, l’employeur doit fournir un logement entre 6m² et 15m² par personne, offrir un système sanitaire décent avec lavabo et douche à proximité, qui ne présente aucun risque pour la sécurité et la santé de l’occupant, doté d’équipements conformes à un usage d’habitation, mais également un logement qui est équipé d’une fenêtre donnant directement sur l’extérieur. Les exigences sont nombreuses ! Ce qui dissuade certains employeurs de se lancer dans l’acquisition de logements à fournir à leurs employés. Des dissuasions auxquelles la loi Montagne tente de remédier…

La loi Montagne : c’est quoi ?

La Loi n° 2016-1888 du 28 Décembre 2016 de modernisation, de développement et de protection des territoires de montagne prévoit un chapitre spécialement dédié à l’emploi saisonnier. Intitulé « Chapitre II : encourager la pluriactivité et faciliter le travail saisonnier », cette partie de la loi Montagne pointe du doigt les conditions de travail et de logement des travailleurs saisonniers. Mais alors, qu’est que cette loi Montagne ? Que propose-t-elle exactement ? Quelles solutions concrètes offre-t-elle pour les travailleurs saisonniers en ce qui concerne leur logement ? 

Dans l’article 47, la loi Montagne prévoit que toute commune qui a reçu la dénomination de « Commune Touristique » doit conclure une convention avec l’Etat pour le logement des travailleurs saisonniers. Après analyse des besoins saisonniers en matière de logement des travailleurs saisonniers, la convention délivrée par la Loi Montagne définit des objectifs à atteindre dans les 3 ans, mais également des moyens à déployer pour atteindre ces objectifs. Lorsque un délai de 3 ans est passé, la commune qui a conclut cette convention avec l’Etat doit soumettre à ce dernier un rapport des efforts fournis dans les 3 mois. A l’issue de la transmission de ce bilan, la commune peut alors demander le renouvellement de la convention pour une durée de 3 ans. Cette loi Montagne, par le biais de la convention, vise à rendre plus aisée la recherche d’un logement saisonnier afin de dynamiser l’activité saisonnière. 

Par ailleurs, dans cet article 47 en rapport avec la convention, il est dit que le loyer du logement proposé au saisonnier ne peut excéder un plafond qui est fixé par l’autorité administrative en fonction de la situation géographique de la commune (Art. L. 444-13). De la même manière, l’article Art. L. 444-10 annonce que « Les organismes mentionnés aux articles L. 411-2 et L. 481-1 peuvent prendre à bail des logements vacants meublés pour les donner en sous-location à des travailleurs dont l’emploi présente un caractère saisonnier au sens du 3° de l’article L. 1242-2 du code du travail. ». La législation est claire : des logements vacants peuvent être réquisitionnés pour être proposés aux travailleurs saisonniers, en fonction de certains critères. C’est une avancée qui peut permettre de débloquer une situation compliquée qu’est la recherche d’hébergement pour les employés saisonniers.

En définitif, cette loi a pour but de lutter contre la pénurie de logements saisonniers dans les grandes villes touristiques. Pour pousser les communes à conclure une convention dans le but d’une amélioration au point de vue logement et développement, des sanctions sont prévues. En effet, l’article 47 stipule qu’en l’absence de convention, le représentant de l’Etat dans la commune peut suspendre la reconnaissance de commune ou de groupement touristique jusqu’à la signature d’une convention. Un moyen de pression supplémentaire pour pousser les grandes communes à faire le point sur les axes d’amélioration sur lesquels travailler pour limiter la galère des saisonniers. Mais est-ce suffisant ? Et comment font les saisonniers qui ne trouvent pas de logement ?

Comment faire pour se loger en saison ?

Pour palier au manque de logements, les saisonniers doivent fréquemment redoubler d’imagination et s’y prendre longtemps à l’avance, sans toutefois avoir la garantie de trouver quelque chose. Solliciter la mairie de la commune pour obtenir une liste d’hébergements, les services qui gèrent la saisonnalité, multiplier les recherches sur les sites internet des stations dans laquelle la recherche d’emploi se fait… les démarches peuvent être longues. Il est clair que pour un employé d’hôtellerie- restauration qui gagne en moyenne 1100 euros par mois, payer un loyer de la moitié de son salaire sans les charges n’a rien d’alléchant. Ceux qui le peuvent optent pour la solution du camion aménagé. Un moyen de bénéficier d’un hébergement à moindre frais avec le minimum de confort pour se laver, manger et passer la saison sans trop de difficultés… mais rien à voir avec le confort d’un appartement. Cependant, le stationnement de camions sauvages a posé souvent un problème dans certaines communes et pour remédier à cela, des communes comme Monêtier-les-Bains ont pensé à créer des campings prévus à cet effet, moyennant un tarif de 150 € mensuel et 6,5 € par jour d’électricité. Malgré tout, cela représente encore une charge financière importante pour un petit salaire. Ce qui relance la question de la construction de logements supplémentaires. 

En effet, dans certaines région où les nuits sont extrêmes froides, il est impossible de dormir dans un camion. C’est le cas de Tignes, station située à 2200 mètres d’altitude, où les nuits peuvent avoisiner les -25°C. Dans des cas comme celui-ci, la solution du logement en camion aménagé n’est pas sécurisée, notamment lorsqu’il s’agit de se chauffer, et souvent, les saisonniers se voient presque obligés de partager un logement dont le prix peut aller jusqu’à 1000 euros mensuels. 

Pour éviter de se retrouver le bec dans l’eau pour la saison à venir, le saisonnier doit souvent faire ses recherches de logement très longtemps à l’avance, engendrant des démarches fastidieuses, sans pour autant avoir la certitude de dénicher la perle rare. Le besoin de logements supplémentaires et décents est donc une urgence pour permettre à l’emploi saisonnier de continuer d’exister. Car c’est un fait, sans hébergement, un saisonnier voit ses chances de trouver un job diminuées voire complètement envolées. Et c’est tout un secteur d’activité qui en paie les conséquences, car les employeurs ont besoin d’une équipe complète pour permettre à leur établissement d’accueillir leur clientèle dans les meilleures conditions.

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